Métabolisme social

Le métabolisme social: un cadre d’analyse pour vivre collectivement à l’intérieur des capacités limites de la terre.

Synthèse et discussion des travaux théoriques, méthodologiques, et des résultats quantitatifs et qualitatifs en matière de métabolisme social (2021).

Sommaire du projet

Le cadre d’analyse du métabolisme social mis de l’avant par l’Institut d’écologie sociale de Vienne offre un ensemble d’indicateurs permettant de mesurer et représenter les flux de matière et d’énergie qu’une société mobilise pour reproduire les conditions biophysiques nécessaires à son existence.

L’écologie sociale propose plus globalement une théorie des rapports sociétés-nature basés sur ces flux de matières ainsi que sur les processus extractifs et dissipatifs qui arriment le métabolisme social aux écosystèmes et cycles biogéochimiques.

Finalement, l’écologie sociale aborde les processus sociaux qui structurent cette matérialité de la société et du capitalisme à travers un dialogue interdisciplinaire avec l’économie politique, l’écologie politique et les sciences de l’environnement.

Ce projet de synthèse offre ainsi une vision globale des travaux portant sur le métabolisme social, explorant le potentiel explicatif d’une telle perspective dans le contexte de la lutte contre la crise environnementale et climatique.

Cette synthèse réunit trois types de recherches. Il est d’abord question des travaux théoriques et épistémologiques en écologie sociale nécessaires pour appréhender la dimension biophysique des rapports société nature, en particulier la matérialité de la croissance économique et ses effets environnementaux et climatiques. Ensuite, sont abordés les travaux méthodologiques faisant état des protocoles d’analyse de données et de modélisation des rapports société nature les plus utilisés au sein de la recherche métabolique. Finalement, une vue d’ensemble des données les plus pertinentes découlant de la recherche métabolique représente à grands traits l’empreinte matérielle des sociétés et de la croissance de leurs économies.

Apports théoriques 

  • Mettre en relation les sciences naturelles et sociales. L’étude des flux de matière et d’énergie doit aller de pair avec l’analyse des rapports sociaux et de la structure de la société; 
  • Renvoyer aux limites physiques de la production des biens matériels, par le biais des lois de la thermodynamique et des limites écosystémiques;
  • Prendre conscience des phénomènes de verrous qui orientent la production sur de longues périodes par l’investissement public et privé dans des stocks d’artefacts qui commandent des flux. 

Méthodes explorées 

  • Le modèle input-output permet une grande flexibilité à partir de données comptables facilement accessibles;
  • Le modèle MEFA offre une compréhension plus large du poids de notre consommation et de la circulation globale de matière; 
  • Le modèle MISO, un développement du modèle MEFA, analyse les tendances des investissements matériels, prédisant les possibles tendances de notre consommation future; 
  • La HANPP, un indicateur biologique mesurant l’appropriation humaine de la production nette des plantes d’un écosystème; 
  • L’eHANPP, la HANPP incorporée dans la part de production dérivant de la biomasse. Associe l’impact des activités humaines à la consommation globale; 

Métabolisme urbain 

  • Le système urbain, composé de sous-systèmes à différentes échelles, demande différents niveaux de détails de modélisation pour la compréhension de la circulation des flux métaboliques; 
  • L’étendue géographique des flux métaboliques de la ville rend le périmètre des études urbaines difficile à délimiter : la consommation matérielle et énergétique urbaine est particulièrement dépendante des régions qui l’approvisionnent, s’étirant jusqu’à l’échelle mondiale; 
  • La disponibilité de données biophysiques et économiques détaillées pour détailler chaque échelle de ce système urbain tentaculaire reste insuffisante pour déterminer avec précision les liens entre les rapports socioéconomiques et les flux métaboliques. 

Données probantes 

  • Globalement, le flux de matière extrait et dissipé croît de manière exponentielle depuis le début de la révolution industrielle et s’accélère depuis 1950, cela est d’autant plus vrai pour les matières qui servent à la production de stocks; 
  • Sur un siècle la croissance du PIB s’accompagne d’une croissance des flux de matière et de l’accumulation de stock d’artefacts, il n’y a pas de découplage significatif entre la consommation matérielle et la croissance du PIB au niveau mondial; 
  • Les découplages relatifs observés dans les pays développés sont rendus possibles par l’extériorisation de la production vers les pays en développement. La comptabilisation de la matière incorporée dans les échanges internationaux est cruciale pour une compréhension sérieuse de nos économies; 
  • Le découplage relatif auprès de la HANPP mondiale s’explique par un plus grand rendement des terres agricoles soutenu par l’innovation mécanique et chimique en agriculture, entraînant de lourdes conséquences pour les écosystèmes. 

Implications politiques 

À la lumière de ce travail de synthèse, les implications politiques que nous notons relèvent d’une part de la prise en compte du cadre du métabolisme pour la prise de décisions en matière environnementale, et d’autre part d’appuyer l’amélioration de la précision et des méthodes d’analyse. Nous recommandons : 

  • Un système provincial de comptabilité : compte tenu du manque de données précises disponibles aux niveaux local et subnational, nous relevons le besoin d’un système de comptabilité de flux de matière à l’échelle provinciale. Des normes de comptabilité fixant la nature des données et la régularité à laquelle les collecter apparaissent nécessaires pour permettre des analyses précises et comparables entre elles. 
  • L’intégration des indicateurs métaboliques aux politiques appliquées : les analyses métaboliques contribuent à mettre en évidence des points-clés à aborder quant aux enjeux environnementaux et climatiques. Elles fournissent également des indicateurs des limites biophysiques qui soutiennent les activités socioéconomiques. Ainsi, les politiques de soutenabilité gagneraient à intégrer ces indicateurs métaboliques comme support des normes et des prises de décisions. 
  • L’appui à l’approfondissement des travaux de recherche : notamment sur la question méthodologique du lien entre les données biophysiques des flux métaboliques et les rapports socio-économiques. 

« Le métabolisme social : Un cadre d’analyse pour vivre collectivement à l’intérieur des capacités limites de la Terre » est cofinancé par le Conseil de recherches en sciences humaines et Infrastructure Canada.
« Social metabolism: An analytical framework for living collectively within the Earth’s carrying capacity » is co-funded by the Social Sciences and Humanities Research Council and Infrastructure Canada.


Équipe de recherche

Éric Pineault, Krystof Beaucaire, Marc Dionne, Clara Vivin

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