Écologie sociale et économie politique

Joindre l’écologie sociale à l’économie politique : les conséquences écologiques de l’investissement privé des grandes firmes monopolistes

L’atelier d’Écologie Sociale du Capitalisme Avancé élabore présentement un projet de recherche ayant pour objet l’impact environnemental des patrons d’investissement des grandes firmes capitalistes, lesquelles dominent par leur taille et leurs activités le processus économique contemporain (Baran et Sweezy, 1966 ; Autor et al., 2020).

Cette recherche débutera dans la prochaine année et ses résultats seront notamment diffusés lors des différents évènements organisés par l’Esca ainsi que sur ce site web.

Ces patrons d’investissement découlent d’un impératif de croissance, qui se manifeste tant au niveau micro-économique sur le plan de chaque firme (Lavoie, 2014) qu’au niveau global comme régulateur macro-économique (Richters et Siemoneit, 2019 ; Pineault, 2019) et comme mécanisme de stabilisation sociale (Dörre, Lessenich, Rosa, 2015 ; Pineault, 2020). Identifié comme une cause fondamentale de la dégradation des écosystèmes (Ceddia, 2020) et des changements climatiques (IPCC, 2022), l’investissement est un facteur déterminant de la forme et de l’échelle du métabolisme social des économies contemporaines (Brand et al., 2021), soit l’ensemble des flux et des stocks biophysiques sur lesquels reposent leur reproduction matérielle (Haberl et al., 2019). Le flux métabolique d’une économie est un élément structurant des relations sociales à la nature, et ce, de l’extraction jusqu’à la dissipation finale de la matière. Ce flux a des caractéristiques qualitatives –type de matière prélevée et transformée– et quantitatives –la masse de matière présente dans le flux métabolique.
Dans les sociétés contemporaines, ces deux dimensions sont fixées par le processus d’investissement, lequel, d’une part, engendre des stocks (machines, infrastructures, biens durables) et, d’autre part, commande les flux biophysiques. 

Dans cette perspective, investissement et croissance résultent en une accumulation de capital fixe (l’ensemble durable des actifs nécessaires à la production), qui non seulement détermine le métabolisme et la trajectoire socioécologique d’une société, mais engage également de l’inertie climatique en agissant comme verrous carbone et métabolique (Seto et al., 2016; Krausmann et al., 2020). Contrairement à ce que laisse entendre le discours qu’elles portent sur elles-mêmes (UN Global Compact, 2015), les grandes firmes capitalistes sont effectivement une importante source d’inertie climatique et métabolique. Elles n’exercent toutefois pas ce pouvoir d’inertie par elles-mêmes : celui-ci se déploie dans une économie politique plus large, qualifié par Allan Schnaiberg (1980) de « coalition de croissance », laquelle réunit autour de l’accumulation de capital fixe et de l’expansion de la capacité productive la grande firme monopolistique, l’État et le mouvement syndical. Par-delà leurs conflits et intérêts divergents, ces trois acteurs trouvent dans la croissance, impulsée par l’investissement, un intérêt commun : elle agit à titre de mécanisme de régulation économique les empêchant de tomber dans un conflit distributif, lequel se présenterait comme un jeu à somme nulle. Elle est l’élément qui permet à ces acteurs d’éviter toute concession, maintenant à distance des effets qui leur seraient néfastes à eux et à l’ensemble de la structure institutionnelle de l’économie (Pineault, 2020). L’écologie sociale caractérise d’antinomiques les sociétés de croissance en raison de la contradiction fondamentale entre leurs besoins économiques et écologiques (Schaffartzik et al., 2019). D’une part, la croissance économique est identifiée, dans la littérature scientifique, comme un moteur central des changements climatiques, de la crise de la biodiversité et de la transgression des limites planétaires, mais, d’autre part, les sociétés capitalistes contemporaines dépendent de la croissance pour maintenir leur stabilité économique, politique et culturelle. Une coalition convergera donc spontanément vers la croissance, alors même que celle-ci entre en contradiction avec les limites écologiques. C’est ainsi que l’investissement et les relations sociales de propriété du capital fixe, dominés par les grandes firmes, agissent comme de puissants verrous climatiques et métaboliques dans le capitalisme contemporain.


De ces constats découlent les objectifs de recherche suivants :

  1. Élaborer un cadre théorique unissant les savoirs de l’écologie sociale, de la sociologie de l’environnement et de l’économie politique et construire une modélisation des flux d’investissement et de capitalisation, et de leurs impacts sur les flux et stocks biophysiques;
  2. Enrichir la connaissance des trajectoires socioécologiques des sociétés contemporaines, depuis 1950, reposant sur un régime métabolique fossile à partir d’une étude empirique nationale permettant d’analyser les grandes tendances d’investissement et de formation de capital fixe et leurs incidences sur l’inertie climatique;
  3. Analyser, au niveau de la firme, la relation entre l’investissement, la formation de capital fixe et le développement de verrous carbone à partir d’une étude de cas sectorielle d’activités économiques ayant un rôle structurant dans le régime métabolique fossile.

Contexte de la recherche 

Ce projet de recherche découle des conclusions du premier rapport de recherche de l’Esca, publiée à l’hiver 2022, intitulé Le métabolisme social: un cadre d’analyse pour vivre collectivement à l’intérieur des capacités limites de la terre.
Cette synthèse avait pour but d’examiner les différentes approches de l’écologie sociale, en particulier celles liées au métabolisme social, afin de mieux comprendre les enjeux de soutenabilité liés à la transition écologique (Haberl et al., 2019). L’écologie sociale est un champ d’études qui, en contraste avec l’écologie biologique, a pour objet l’aspect proprement social des enjeux écologiques. Ce champ d’études pose comme constat préalable que la société et la nature s’influencent mutuellement et que certains enjeux, dont ceux liés à la crise écologique, ne pourraient être compris sans l’étude conjointe de ces deux pôles. Centrale à l’écologie sociale, l’approche du métabolisme social étudie la relation entre une organisation sociale particulière, les mécanismes de régulation permettant d’assurer la reproduction sociale et la constitution de flux biophysiques (Fischer-Kowalski et Schaffartzik, 2015; Kramm et al., 2017 ; Pichler et al., 2017). Le métabolisme d’une société désigne donc les flux de matières et d’énergie nécessaires à sa reproduction. Les recherches en écologie sociale rendent possible la conceptualisation conjointe des systèmes socioéconomiques, biogéochimiques et écologiques, un effort théorique essentiel tant pour comprendre les causes que les conséquences sociales de la crise écologique. Or, le rapport de synthèse publié en 2022 a fait ressortir une insuffisance quant à la théorisation proprement sociologique des études métaboliques. En particulier, on y constate la quasi-absence d’études ayant pour objet la dynamique d’accumulation capitaliste, bien que cette dernière soit identifiée comme un facteur déterminant dans la constitution des flux métaboliques (Schaffartzik et al., 2021). Il apparaît donc crucial de joindre l’économie politique de la grande firme et la sociologie de l’environnement aux recherches en écologie sociale afin d’améliorer notre compréhension des mécanismes de production et de reproduction sociale actuels ainsi que de leur impact sur l’inertie climatique.

Une des approches les plus récentes pour étudier le métabolisme social est celle du stock-flow-practices nexus. L’objectif visé par cette approche consiste en l’étude de la relation entre configuration sociale et demande en services matériaux et énergétiques, en plus d’examiner d’autres configurations sociales possibles permettant de répondre aux besoins humains tout en respectant les limites planétaires (Haberl et al., 2021). Ainsi, chaque société est organisée de manière à soutenir certaines pratiques sociales, qui sont le résultat d’une composition particulière d’institutions, d’habitus et de normes culturelles (Plank et al., 2021). Ces pratiques mènent à l’accumulation tant d’une certaine quantité que d’une certaine qualité de stocks. Par stocks, nous désignons l’ensemble de la structure physique issue des relations sociales et sur laquelle s’appuient les pratiques sociales. Il s’agit, par exemple, des routes, des centrales électriques, de l’ensemble des bâtiments et de véhicules présents sur un territoire, etc. (Haberl et al., 2021; Plank et al., 2021). Résultant des flux biophysiques passés, les stocks constituent aussi une variable déterminante pour les flux biophysiques futurs, car ils entraînent une demande spécifique en matières et en énergie, et ce, tant pour assurer leur entretien que pour assurer les usages qu’ils permettent  (Södersten et al., 2018 ; Haberl et al., 2021 ; Schaffartzik et al., 2021; Plank et al., 2022). Par exemple, les routes sont des stocks qui permettent de combler le besoin de mobilité. Toutefois, la configuration sociale des routes (type et nombre de routes, présence ou non de pistes cyclables et de trottoirs, réseaux de transport en commun, etc.) détermine en grande partie le mode de transport privilégié au sein d’une société, et donc les besoins en pétrole et en matériaux de construction pour les voitures et les routes (Plank et al., 2021). Une fois établis, les stocks deviennent ainsi un élément constitutif du métabolisme social.  

Le métabolisme de la plupart des sociétés contemporaines dépasse les limites planétaires (Steffen, 2015), situation qui est à l’origine de la présente crise écologique. Bien que la croissance et la transformation du métabolisme social ont débuté il y a plus de 200 ans, de façon concomitante à la Révolution industrielle, on observe une augmentation exponentielle de l’empreinte matérielle des sociétés capitalistes depuis les années 1950, ce que la littérature désigne comme la « Grande accélération » (Steffen et al., 2007). Malgré divers engagements environnementaux entrepris par les gouvernements à différentes échelles politiques, tels que la Déclaration de Rio (1992), le Protocole de Kyoto (1997) ou l’Accord de Paris (2015), la demande en ressources naturelles et les émissions de gaz à effet de serre peinent à diminuer. De fait, les sociétés humaines émettaient annuellement 12% plus de GES en 2019 qu’en 2010, et 54% plus qu’en 1990 (IPCC, 2022). Cette situation d’inertie climatique indique la présence de « verrous carbone », soit des configurations sociales qui provoquent un ralentissement ou une limitation de l’ampleur de la transition écologique (Seto et al., 2016). Plus précisément, les verrous carbone sont des structures matérielles, institutionnelles ou comportementales configurant la demande sociale en matières et en énergie et limitant les voies de transformations socioécologiques possibles par « effet d’éviction », soit une mise à l’écart des solutions socioécologiques applicables. D’un point de vue sociologique, il est donc possible d’affirmer que la volonté d’entreprendre une transition écologique à la hauteur des objectifs climatiques se heurte à une résistance qui n’est pas qu’individuelle, mais bien systémique: les configurations sociales prédominantes favorisent le maintien du statu quo social et de l’inertie climatique, aux dépens des voies de transition écologique recommandées par la communauté scientifique (Bertram et al., 2015; Creutzig et al., 2018; Vatn, 2020; Millward-Hopkins et al., 2020) et réclamées par les mouvements environnementalistes. 

La compréhension du couple verrou carbone/effet d’éviction est aujourd’hui limitée en raison de l’absence d’intégration des théories sur l’accumulation capitaliste à leur analyse. Celles-ci ont pourtant déjà été grandement théorisées au sein de l’économie politique et de la sociologie de l’environnement. Afin de sortir de notions simplement abstraites et de faire une écologie sociale appliquée, il importe d’étudier la relation entre le régime d’accumulation capitaliste et la forme particulière que prend la matérialité des sociétés. Tant l’étude seule de l’impact écologique du capitalisme (Marx, 1983) que celle des limites biogéochimiques du capitalisme (Georgescu-Roegen, 1971) sont insuffisantes pour comprendre et solutionner la crise écologique. Il s’avère nécessaire de faire la synthèse des études métaboliques et des analyses des relations sociales de propriétés capitalistes afin de comprendre le processus de formation des stocks et des flux biophysiques à l’origine de la crise écologique. Les relations sociales de propriétés sont l’ensemble des relations sociales déterminant l’accès aux moyens de production et à la capacité décisionnelle quant à l’organisation de la production et à la redistribution sociale de son produit (Rioux et Dufour, 2008). Comme cela a bien été théorisé par Marx (1983), les sociétés capitalistes sont fondées sur des relations sociales de propriétés ayant la particularité de séparer la majeure partie de la population de la propriété des moyens de production. En raison de la prédominance de la valeur monétaire dans l’économie capitaliste, la production est presque exclusivement destinée au marché. Tous les acteurs sociaux sont donc dépendants au marché afin d’assurer leur reproduction, les travailleurs afin de subvenir à leurs besoins (Brenner, 1987; Wood, 2009), les entreprises afin de réaliser le profit visé par le processus de production (Crotty, 1993). C’est donc aux entreprises que revient le rôle social d’organiser la production et d’offrir les biens de consommation, via la forme de la marchandise, de l’ensemble des individus. Comme les marchandises ne sont pas vendues à leur coût de production, mais à leur valeur sur le marché, les entreprises capitalistes sont incitées à investir afin de minimiser les coûts de production, en grande partie pour développer des technologies permettant d’augmenter la productivité. L’accumulation capitaliste nécessite ainsi d’investir afin de s’assurer la possession de la capacité productive future de la société. 

Dans les sociétés capitalistes, l’investissement constitue donc un énorme pouvoir social, celui de déterminer les normes de production et de consommation futures (Kalecki, 1965; Brand et al., 2021), et donc celui de commander les flux et les stocks biophysiques. La capacité d’investissement implique donc un certain pouvoir sur la forme sociale future de l’économie et de sa relation avec la nature (Hornborg, 2019; Brand et al., 2021). En raison des relations sociales de propriétés, les grandes firmes monopolistes concentrent une proportion majeure de cette capacité d’investissement (Foster et Magdoff, 2012, Lavoie, 2014). Le contrôle qu’elles exercent porte sur les quatre rapports sociométaboliques fondamentaux de l’économie, soit l’extraction, la production, la consommation et la dissipation finale (Pineault, 2021). Par le biais de l’investissement, le capital s’accumule à chacun de ces points du flux métabolique sous la forme d’actifs tangibles et intangibles. La priorité des grandes firmes monopolistiques est de protéger la valeur de leurs actifs tout en assurant leur expansion par le biais d’investissements supplémentaires dans leur modèle d’affaires (Crotty, 1993). Cela implique une accumulation supplémentaire de capital fixe à chacun des points du flux métabolique. La croissance qui en résulte conduit à une hausse de l’empreinte matérielle des sociétés et en une augmentation du contrôle social et écologique des grandes firmes monopolistes. Cette croissance est à la fois la conséquence et la condition de l’accumulation capitaliste.

Le sociologue Allan Schnaiberg (1980) a grandement contribué à la théorisation de la contradiction entre l’impératif de croissance et la soutenabilité écologique des sociétés capitalistes. En effet, il propose un modèle théorique soutenant que la surconsommation des ressources ne résulte pas d’une idéologie, mais qu’elle résulte plutôt des stratégies d’absorption du surplus systématiquement généré dans les sociétés capitalistes avancées. Ce modèle montre que l’augmentation du débit de la production mène à une augmentation de l’énergie et de la matière nécessaires en amont (withdrawal), puis à la quantité de matière rejetée en aval dans l’environnement (additions). Afin d’accroître leur profit, les grandes entreprises ont mobilisé en grande partie leur capital vers le remplacement du travail manuel par de nouvelles technologies. Or, ces dernières nécessitent beaucoup plus de matière et d’énergie. L’impératif de croissance s’est ainsi traduit par une diminution de l’efficacité de l’utilisation sociale des ressources naturelles et a entraîné des niveaux accrus d’appauvrissement des écosystèmes et de pollution. La dégradation de l’environnement ne peut donc pas être conçue comme une simple externalité : il s’agit plutôt d’une condition nécessaire à la reproduction des entreprises, alimentée par le besoin de croissance et par la gestion monopolistique de la dévalorisation du capital fixe (Schnaiberg, 1980 ; Buttel, 2004). Si l’approche de Schnaiberg a été dominante en sociologie de l’environnement dans les années 1980, elle a toutefois été écartée au profit des théories de la modernisation écologique des firmes, des États et des sociétés (Buttel, 2004). De fait, la théorie de Schnaiberg était incompatible avec l’idée de développement durable, qui s’imposait alors en sociologie et qui voyait les grandes entreprises comme un vecteur de transition écologique. Or, l’approche du développement durable est aujourd’hui en crise (Gomez-Baggethun, 2014). Un retour à une théorie critique de l’investissement et des déterminants capitalistes de la trajectoire métabolique des sociétés est de nouveau pertinent pour penser, entre autres, les verrous desquels découle découlant de l’inertie, ceux-là même que dénoncent les chercheurs en science du climat (Steffen et al., 2018). 

Les recherches en écologie sociale confirment aujourd’hui les thèses de Schnaiberg. Elles démontrent que le processus d’industrialisation fut à l’origine d’une transformation du régime métabolique des sociétés, donnant naissance au régime métabolique fossile. La découverte de nombreuses ressources géologiques, dont les énergies fossiles, fut la condition préalable à l’existence d’un système économique fondé sur la croissance et structuré autour de la production et de la consommation de masse. En effet, les transformations socioéconomiques des XIXe et XXe siècles ne furent possibles qu’en substituant une grande quantité de travail humain par du travail mécanisé, ce qui ne fut rendu possible que grâce aux énergies fossiles, desquelles les sociétés capitalistes devinrent fortement dépendantes en contrepartie (Krausmann et al., 2008). Le régime métabolique fossile est donc caractérisé par le recours à une source d’énergie bien plus abondante que celle des sociétés agraires, mais non renouvelable et à l’origine d’une perturbation métabolique (Krausmann et al., 2008). À l’instar de Schnaiberg, les recherches en écologie sociale concluent que les énergies fossiles ont permis de multiplier la productivité du travail, mais au prix d’une diminution de l’efficacité énergétique de l’utilisation sociale des ressources naturelles.
Aujourd’hui, alors que les énergies fossiles sont les premières responsables des changements climatiques (Schaffartzik et al., 2021; Giraud et al., 2021), les entreprises, les banques et les États continuent d’investir massivement pour assurer le développement de l’industrie fossile, de laquelle dépend l’ensemble du processus économique contemporain. 

Les recherches en écologie sociale ont porté peu d’attention aux relations sociales de propriété et l’impact de l’investissement privé n’a toujours pas fait l’objet de recherches systématiques, bien qu’il ait été identifié dans la littérature comme un déterminant majeur du métabolisme social (Pichler et al., 2017; Görg et al., 2017; Wiedmann et al., 2020; Schaffartzik et al., 2021). Suite à une revue de littérature, nous pouvons pourtant constater le rôle essentiel de l’investissement des grandes firmes monopolistes dans la formation des stocks. Comme ces derniers dirigent les besoins futurs en matières et en énergie et comme ils ont, pour la plupart, une durée de vie de plusieurs décennies, l’investissement des grandes firmes monopolistes verrouille des éléments essentiels du flux métabolique des sociétés, notamment les ressources naturelles spécifiques nécessaires à la production et aux normes de (sur)consommation créées (Müller et al., 2013; Pauliuk et al. 2015; Creutzig et al., 2018; Baldwin, Cai et Kuralbayeva, 2020). Pour cette recherche, nous posons donc la thèse que la capacité sociale d’investissement fut historiquement monopolisée par la grande firme capitaliste, ce qui eut pour conséquence de lui octroyer un immense pouvoir quant à la capacité de déterminer le métabolisme social par la commande des normes de surproduction et de surconsommation. L’investissement des grandes firmes donne forme au processus économique et structure donc le métabolisme social. La capacité organisationnelle des grandes firmes leur permet d’accumuler une immense quantité de capital fixe, lequel constitue une part importante des stocks sociaux dirigeant le flux métabolique. La croissance des investissements des grandes firmes a alors pour résultat l’augmentation du métabolisme social, menant à une situation d’inertie et de perturbation climatiques. C’est pourquoi nous estimons important de joindre les théories sur l’accumulation capitaliste et l’impératif de croissance au champ de l’écologie sociale. C’est dans cette perspective que s’inscrit ce projet de recherche, lequel vise à mettre en lumière le rôle de l’investissement de la grande firme capitaliste dans la formation des flux métaboliques et dans la trajectoire de la transition écologique. Plus particulièrement, nous souhaitons explorer la manière par laquelle la capitalisation résultant de l’investissement des grandes firmes monopolistes contribue à la régulation des flux métaboliques, à l’accumulation de stocks et à la reproduction du régime métabolique fossile.